Robert Walser Jour 12

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“Cette putain d’œuvre d’Art”

J’arrive d’ailleurs. La tête dans des choses d’ailleurs. La Robert Walser Sculpture faisait partie de mon quotidien, même depuis Genève et la France, à travers les récits que j’écoutais avec plaisir.

Arrivé ici, l’immense structure de bois semble moins réelle que dans les histoires. La chaleur, qui s’abat déjà à 10 heures comme dans un four, a peut-être fait fondre le réel. J’arrive donc un peu groggy, les retrouvailles avec Yves me raccrochent au travail du collectif. Il me fait un état des lieux. C’est étrange, je suis mêlé entre le sentiment d’être partie la veille et celui d’être partie il y a des mois.

Je décide alors de partir faire mon tour de la sculpture. Pour peut-être atterrir pour de bon.

« On a besoin d’aide »

Je donne alors mon aide. Des palettes empli de cartons de feuilles A3 arrivent sans fin. Nous portons, déplaçons, rangeons, empilons, portons encore, suons surement.

Ces centaines de kilos déplacés ont donné du poids à cette Robert Walser Sculpture qui avait du mal à se concretiser sous mes yeux.

160000 feuilles A3 pour le journal. Ça c’est concret

On se retrouve ensuite avec Yves autour d’un café froid au vernissage pour planifier l’expedition de 14 heures. J’ai du mal à rester en place, à profiter de ne pas être dans l’action permanente. Ce sera comme ça toute la journée. Une culpabilité enfouie lié à un hypothétique « résultat ».

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L’après-midi, à 14 heure, on ne le sent pas. D’abord il n’y a personne, ensuite le soleil est au plus haut et pour finir, ce soleil, on a en déjà trop prit. A la frontière de l’insolation ou de l’overdose, je ne sais plus très bien.

Nous passons donc du temps dans l’ambassade.

C’est cette après-midi-là que nous rencontrons Nathan. Il a une dizaine d’année et m’étonne de sa curiosité. Nous passons une bonne heure, assis là à essayer de traduire le flyer en allemand, à dessiner, partager nos idées. Nathan nous donnes plein d’idées pour le flyer.

« Mais en fait, tout le monde pourrait dessiner son propre flyer comme je fais »

« on pourrait avoir un endroit où on met son nom, par contre, c’est long si chaque enfant doit traduire le flyer en allemand »

« il pourrait y avoir des graines sur chaque flyer ».

C’est le fils d’une des femmes qui travaille à la cantine, j’irai la voir demain pour lui parler de dandelion, convaincu que Nathan a la curiosité d’un chercheur.

Encore, j’avais ce sentiment de devoir « faire » des choses. Mais être là, discuter, dessiner, est-ce que ce n’est pas faire ? Il faut que je déplace mon attention de l’expédition qui est un outils du collectif et non son tout.

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Un autre évènement a marqué cette journée. Au cours de l’après-midi, j’entendis soudainement une voix forte qui exprimait une grande colère au centre du forum. C’était la voix de Thomas.

« Ici, ce n’est pas open-mic ou karaoke, la chose qu’on essai de faire c’est une œuvre d’art. Et dans un œuvre d’art il y a des règles, les règles de l’œuvre d’art. », criait-il tout en prenant le temps pour dire « œuvre d’art ».

« Et cette putain d’œuvre d’art, sinon, on la démonte et on arrète, cette putain d’œuvre d’art. Il faut pas remplir les vides, les gens ils ont besoin de réflechir entre les mots ».

Son visage est rouge, l’ambiance est chargée. Le cadre est reposé à renfort d’énergie pur garantie 100%.

ENERGY YES QUALITY NO

écrit par Charles

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Collectif Dandelion