Robert Walser Jour 05

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Le Cinquieme Jour

Arrivée foudroyante… Je me suis perdue dans les rues de Bienne ce matin et lorsque je réalisais que je commençais à me diriger vers la campagne, il était déjà tard.. J’ai donc pris les grands moyens et me suis plantée sur le côté de la route le pouce en l’air. A peine quelques instants plus tard, je me trouvais dans une décapotable mercedes flambante noire, et fus déposée devant la structure de Robert Walser, autrement dit dans mon nouveau jargon « chez papa ». Papa c’est Thomas Hirschhorn qui fédère toutes ces interactions, cette extraordinaire rencontre polymorphe, à la longévité presque nauséabonde. Dès l’arrivée, je goûte à cette ivresse. Jenna la responsable de la garderie passe, on se salue, on fume une cigarette, on discute, on devient amie immédiatement et indiscutablement. C’est ainsi que les jours s’égrènent et que les relations se tissent du grossier au particulier, de quelque chose de caricatural et schématique à quelque chose qui s’affine. C’est un mouvement fractal, la structure de la Robert Walser a été délivrée, terminée dans sa carcasse au jour du 15 juin, et seulement cinq jours se sont passés depuis cette naissance que la chair et la vie commencent à s’y installer. A l’intérieur de la structure, c’est pareil, chacune des cellules habitées par des artistes, spécialistes, collectifs, etc commence à se gonfler de vitalité. Chez nous, l’aménagement tel que nous l’appelons en est la partie la plus manifeste. Chaque jour nous avons oeuvré à occuper notre espace, et avons commencé par des objets de grande dimension, il est tellement bon aussi de commencer à s’intéresser à des détails. Ce matin donc, nous nous retrouvons et Charles est déjà là, nous décidons de construire un système pour gagner de l’espace en hauteur et fixer les sacs au plafond par un système de poulie. Charles m’apprend les noeuds coulants, je suis ravie, les drisses, les écoutes, les explorations, le lexique du voyage et de l’exploration ne nous quitte plus.

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En travaillant, nous écoutons de la musique et l’éclectisme et la curiosité légendaire de Grace nous conduisent tout droit à de la musique traditionnelle afghane. Ni une ni deux, un passant qui passait par là, s’arrête et n’osant qu’à peine, du bout des lèvres, nous dit: c’est de la musique afghane n’est-ce pas? Savez-vous qu’il y a une danse qui va avec?

Alors bien évidemment, on se retrouve à apprendre la chorégraphie de cette danse traditionnelle afghane. Fébriles et si joyeux, on tourne en rond dans cette danse collective, sous nos pieds la ville de Bienne plastifiée, sur les côtés les visiteurs curieux qui nous regardent interloqués, de l’autre côté de la structure Thomas Hirschhorn, discute avec un groupe d’étudiants des beaux arts de Poitier, qui peinent à se concentrer sur ses paroles et aimeraient peut -être davantage venir se joindre à nous.

Malik passe . Quelle métamorphose ! Le premier jour, il était si sombre, il portait une énorme veste qui avait l’air d’être faite de plomb. Des chaussures tout aussi accablantes, et puis surtout une attitude hyper grave et triste. Aujourd’hui, il porte un t shirt jaune, un short jaune et surtout il a quitté son casque. Oui, j’ai oublié de préciser qu’il portait en toute circonstance un casque de l’armée sur la tête. Il est donc arrivé comme un tournesol, frais et si touchant: « tu veux boire quelque chose? fumer? », on décline mais qu’est ce qu’on rit: « plus bleu que le bleu de tes yeux » , je ne sais pas exactement comment c’est arrivé mais on finit par chanter de la chanson française.. Ici, tout semble ainsi, il y a des glissements qui s’opèrent. Le convenu n’est pas le bienvenu.

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A midi, nous décidons d’aller au bord du lac pour nous baigner, la montagne en face de nous, Charles et moi avons une discussion à propos de notre processus. Est-ce que nos attentes sont adéquates? Allons-nous être surpris? Le point de départ de la conversation c’est que nous expliquons sans cesse à des visiteurs que nous allons travailler avec des enfants, faire des explorations urbaines et tutti quanti. Seulement la réalité, c’est que nous ne sommes pas encore partis en balade avec des enfants et n’avons eu que de très brèves rencontres avec des enfants. La vérité nous rattrape, et le besoin d’être cohérent et en adéquation avec notre discours se fait pressant. Mais est-ce réellement ainsi qu’il faut le voir? Il y a aussi le fait que les choses que nous avons faites jusqu’à présents étaient nécessaire et d’un tout autre ordre. Il fallait s’installer, aménager, mettre en place les choses, se lier les uns aux autres, tâter le terrain quoi. Maintenant, il s’agit de le vivre. Mais peut-être que cette voie va nous surprendre et que ce que nous avions pensé, prévu va finalement se transformer en quelque chose de tout autre. Depuis 24 heures seulement que la carte est au sol dans notre ambassade, et les passants, les nouveaux copains, tout le monde s’arrête pour indiquer, chercher, raconter des choses à propos de cette ville. Ne serions-nous pas presque à notre insu devenus une agence de cartographie subjective de la ville de Bienne?

On discute beaucoup aujourd’hui, et c’est doux et simple. On s’écoute et s’aperçoit que c’est aussi un espace pour cela. C’est agréable de sentir cette avidité des débuts qui se dépose et s’affine.

Nous sommes invités à un vernissage au Garbi à 18h alors on file, c’est le rendu des résidences organisés par Romane au terrain (Gurzelen) et il s’agissait d’une baraque à frites. Alors, on va manger des frites, découvrir encore de nouveaux lieux, et nourrir cet intérêt pour la ville de Bienne! Miam

Collectif Dandelion